Référé préventif : modèles de pièces et preuves à préparer avant dépôt

16 septembre 2026

Avocate préparant les pièces justificatives pour un référé préventif dans un bureau juridique

Le référé préventif repose sur un principe simple : figer l’état des lieux avant que le chantier ne commence. La solidité du dossier déposé au greffe conditionne pourtant la rapidité avec laquelle le juge désignera un expert.

Une assignation lacunaire ou des pièces mal ordonnées peuvent retarder la procédure de plusieurs semaines, voire conduire à un rejet pour défaut de motif légitime. Préparer chaque document en amont du dépôt n’est pas une formalité administrative : c’est le socle de toute stratégie de preuve.

Article 145 CPC et article R. 532-1-1 CJA : choisir le bon fondement juridique

Devant le juge civil, le référé préventif s’appuie sur l’article 145 du Code de procédure civile. Le demandeur doit démontrer un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige futur. Les juridictions civiles exigent désormais un litige potentiel crédible, pas un risque purement hypothétique.

Pour les travaux publics, la donne a changé. Le décret n° 2023-468 du 16 juin 2023 a introduit l’article R. 532-1-1 du Code de justice administrative, entré en vigueur le 18 juin 2023. Ce texte donne un fondement autonome au référé préventif devant le juge administratif, distinct du référé-instruction classique de l’article R. 532-1.

La première pièce du dossier est donc le visa du texte applicable. Citer l’article 145 CPC devant le tribunal administratif, ou invoquer le CJA devant le tribunal judiciaire, constitue une erreur de fondement qui peut entraîner une irrecevabilité. La requête doit mentionner expressément le bon article, en l’articulant avec la nature publique ou privée du maître d’ouvrage.

Assistant juridique organisant des dossiers de preuves pour le dépôt d'un référé préventif

Pièces à joindre à l’assignation en référé préventif

Le dossier transmis au greffe accompagne l’assignation (en civil) ou la requête (en administratif). Son contenu varie selon le contexte, mais un socle commun se retrouve dans la majorité des procédures.

  • Le titre de propriété ou le bail du demandeur, qui établit sa qualité à agir et son lien juridique avec l’immeuble susceptible d’être affecté par le chantier
  • Le permis de construire ou l’arrêté d’autorisation de travaux du maître d’ouvrage voisin, qui prouve la réalité et l’imminence du projet. À défaut d’accès au permis, un extrait du registre des autorisations d’urbanisme en mairie suffit
  • Un constat d’état des lieux réalisé par un commissaire de justice (anciennement huissier), décrivant les façades, murs mitoyens, fissures existantes, canalisations et sous-sols accessibles. Ce constat photographique horodaté constitue la pièce la plus déterminante du dossier
  • Tout document technique disponible : diagnostic de structure, relevé topographique, rapport géotechnique du terrain voisin si le demandeur y a accès. Ces éléments renforcent la démonstration du motif légitime
  • Un plan de situation et des photographies aériennes ou cadastrales montrant la proximité entre le chantier et l’immeuble du demandeur

Chaque pièce doit être numérotée et référencée dans un bordereau de communication. Un bordereau mal structuré ralentit l’examen du dossier par le greffe et par le juge.

Rédaction de la requête : motif légitime et mission de l’expert

La requête elle-même comporte deux axes. Le premier expose le motif légitime : nature des travaux envisagés, proximité du bien, risques identifiables (vibrations, excavation, rabattement de nappe). Le second propose la mission que le demandeur souhaite voir confier à l’expert judiciaire.

Formuler la mission avec précision change la portée de l’expertise. Une mission trop vague (« constater l’état des lieux ») donne à l’expert une latitude excessive et peut générer des coûts non maîtrisés. Une mission trop restrictive empêche l’expert de relever des désordres connexes apparus en cours de chantier.

Exemple de mission type à proposer au juge

La mission demandée peut inclure : décrire l’état des ouvrages et parties d’immeubles situés dans le périmètre du chantier, procéder à des relevés photographiques datés, noter les fissures, déformations ou pathologies préexistantes, suivre l’évolution du bâti pendant la durée des travaux, et consigner tout désordre nouveau susceptible d’être rattaché au chantier. Proposer une mission détaillée oriente le juge sans le contraindre, puisqu’il reste libre de la modifier dans son ordonnance.

Le demandeur peut aussi solliciter la pose de témoins de fissure ou de capteurs de vibrations, en précisant dans la requête que ces mesures techniques relèvent de la compétence de l’expert désigné.

Gros plan sur un dossier de pièces numérotées prêtes pour le dépôt d'un référé préventif

Constat de commissaire de justice ou référé préventif : deux outils complémentaires

Le constat avant travaux dressé par un commissaire de justice est parfois présenté comme une alternative au référé préventif. En réalité, les deux répondent à des logiques distinctes. Le constat d’huissier fige un état à un instant donné, sans suivi dans le temps et sans contradictoire. Le référé préventif désigne un expert judiciaire dont le rapport, établi de manière contradictoire, a une force probante supérieure devant le tribunal.

Le constat du commissaire de justice reste néanmoins une pièce précieuse à joindre au dossier de référé : il démontre au juge que le demandeur a déjà documenté l’état de son bien, ce qui renforce la crédibilité du motif légitime invoqué. Les deux procédés se cumulent sans se substituer l’un à l’autre.

Provision d’expertise et délais à anticiper

Le juge fixe une provision à la charge du demandeur pour couvrir les frais de l’expert judiciaire. Cette provision est consignée auprès du régisseur du tribunal. L’expert ne débute sa mission qu’après réception effective de la consignation, ce qui peut décaler le début des opérations si le virement tarde.

Le délai entre le dépôt de la requête et l’ordonnance de désignation varie selon l’encombrement du rôle. En pratique, obtenir une ordonnance en quelques semaines reste réaliste lorsque le dossier est complet et le motif légitime clairement exposé. Un dossier incomplet, en revanche, peut nécessiter un renvoi pour complément de pièces.

Anticiper le calendrier du chantier est donc déterminant. Déposer la requête trop tard, alors que les travaux ont déjà commencé, affaiblit le motif légitime puisque l’état initial du bâti n’est plus intégralement documentable. Les retours terrain divergent sur le délai minimal à respecter avant le premier coup de pelle, mais déposer la requête plusieurs semaines avant le démarrage annoncé reste la pratique la plus sûre pour que l’expert puisse intervenir dans des conditions utiles.

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