Droit locatif : Mon propriétaire peut-il me mettre dehors ?

4 février 2026

Jeune femme anxieuse dans un appartement modeste

Un bail peut être signé en bonne et due forme, les loyers versés sans retard, et pourtant, cette sécurité apparente ne protège pas toujours d’une procédure d’expulsion. La loi ouvre au propriétaire des portes insoupçonnées : reprise pour habiter, vente du bien, ou encore motifs légitimes. La stabilité d’un locataire repose donc sur un équilibre délicat, sans garantie absolue.

Personne ne peut vous mettre dehors du jour au lendemain. Chaque expulsion doit respecter un enchaînement précis, dicté par le code civil et encadré par la justice. Aucun propriétaire ne peut agir seul : entre commandement, délais, décisions du juge, recours possibles, le parcours s’annonce balisé et parfois long. À certaines périodes, la porte reste close à toute expulsion, hormis de rares exceptions.

Ce que dit la loi sur l’expulsion d’un locataire

Le texte législatif ne laisse aucune place à l’improvisation : expulser un locataire, c’est suivre un chemin balisé. Même en cas de loyers impayés ou de problèmes répétés, la loi impose plusieurs étapes, et le propriétaire ne peut agir que dans le cadre du code des procédures civiles d’exécution.

Tout démarre par la fameuse clause résolutoire inscrite dans le contrat de location. Cette clause prévoit les situations où le bail peut être rompu : dettes de loyer, troubles avérés… Si la situation ne se régularise pas après un commandement de payer, le propriétaire n’a qu’une seule voie : le tribunal. Sans décision de justice, aucune expulsion ne peut avoir lieu.

Impossible de couper à la case justice. Le juge du tribunal judiciaire examine le dossier, pèse les arguments, et peut accorder au locataire un délai pour partir. La procédure est rythmée par des délais précis et la fameuse trêve hivernale, qui bloque toute expulsion du 1er novembre au 31 mars, sauf si le logement est insalubre ou si un relogement est garanti.

Le simple désir de reprendre un bien ne suffit pas. Sans motif légal, sans l’accord du juge, rien ne bouge. Ce système vise à éviter les abus, à protéger les locataires, mais aussi à rappeler à chacun ses obligations dans le cadre du contrat de bail.

Dans quels cas un propriétaire peut-il vraiment vous demander de partir ?

La loi ne laisse aucune place à l’arbitraire : un propriétaire ne peut rompre le bail que dans certains cas clairement définis. Voici les trois situations principales qui ouvrent la porte à une demande de libération du logement :

  • Congé pour vente. Si le propriétaire décide de vendre, le locataire a la priorité pour acheter, selon les conditions proposées. Ce congé doit être notifié au moins six mois avant la fin du bail pour une location vide.
  • Congé pour reprise. Le propriétaire souhaite reprendre le bien pour lui-même ou un proche (conjoint, enfant, parent). Là aussi, un préavis de six mois est obligatoire, et la demande doit être justifiée noir sur blanc.
  • Congé pour motif légitime et sérieux. Retards de paiement répétés, troubles du voisinage, usage inapproprié du logement : autant de raisons valables si elles sont prouvées et notifiées dans les délais.

Impossible d’invoquer un simple désaccord ou un caprice. Chaque congé doit être formalisé correctement : lettre recommandée avec accusé de réception, acte d’huissier, ou remise en main propre contre récépissé. La moindre erreur de forme ou d’échéance peut tout annuler. Ici, la loi protège le locataire, sauf cas expressément prévus.

La procédure d’expulsion étape par étape : comment ça se passe concrètement

La procédure d’expulsion suit un schéma précis, jamais improvisé. Tout commence par la présence d’une clause résolutoire dans le contrat de location. Dès le premier manquement grave (loyers impayés, troubles…), le bailleur fait appel à un commissaire de justice pour délivrer un commandement. Le locataire dispose alors d’un délai légal pour réagir.

  • Commandement de payer : deux mois pour régler la dette ou demander au juge des délais de paiement.
  • Saisine du tribunal judiciaire : si rien ne change, le bailleur porte l’affaire devant le juge des contentieux de la protection, qui peut trancher en faveur de la résiliation du bail et prononcer l’expulsion.

Une fois la décision de justice rendue, le commissaire de justice la notifie au locataire. Un nouveau délai commence. Si le locataire ne quitte pas les lieux, le propriétaire doit demander l’intervention de la force publique. La préfecture donne (ou non) son feu vert, mais la trêve hivernale met tout en pause entre novembre et mars, sauf exceptions bien précises.

Chaque étape, chaque délai, chaque notification compte. Le moindre faux pas peut stopper l’ensemble de la procédure. Locataire comme bailleur doivent faire preuve de rigueur et connaître leurs droits pour ne pas se retrouver piégés.

Homme d

Vos droits et les recours possibles si vous faites face à une expulsion

Premier réflexe à adopter : contrôler la régularité de chaque étape. Un vice de forme ou une erreur de procédure peut tout remettre en cause. Le tribunal judiciaire reste l’ultime arbitre : le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection pour demander des délais, qu’il s’agisse de paiement ou de départ. Selon la situation, le juge peut accorder un sursis allant jusqu’à trois ans, après examen des circonstances personnelles et familiales.

La Convention européenne des droits de l’homme veille aussi au grain : le droit à un logement décent est protégé, et toute expulsion doit passer par la justice. L’accompagnement d’un avocat est vivement conseillé, notamment lorsque des enfants ou des personnes vulnérables sont concernés.

Voici quelques pistes à explorer pour défendre vos droits ou tenter une issue favorable :

  • Prendre contact avec la CAF pour revoir votre aide au logement ou envisager une médiation avec le propriétaire.
  • Saisir la commission de surendettement en cas de difficultés financières importantes : la procédure bloque l’expulsion pendant l’examen du dossier.
  • Activer la garantie Visale ou faire appel à un garant pour rassurer le bailleur et régulariser la situation.

L’assurance habitation ne compense pas la perte du logement, mais peut offrir une protection juridique en cas de litige. Chaque courrier, chaque échéance, chaque décision compte : rester attentif, c’est souvent éviter le pire.

Rester chez soi, ce n’est pas qu’une question de bail signé. C’est une vigilance de chaque instant, un dialogue parfois tendu, mais toujours encadré. Entre le droit, la justice et la vie quotidienne, la frontière est ténue. Et si la prochaine lettre dans la boîte changeait tout ?

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