Délai de prescription d’une dette locative : toutes les informations à connaître

18 janvier 2026

Homme d'âge moyen en costume lisant des documents officiels

Trois ans, pas un de plus : passé ce délai après la dernière échéance impayée, une dette locative n’a plus de prise devant la justice, du moins si le propriétaire n’a pas déjà enclenché une procédure. Des situations spécifiques, comme la reconnaissance écrite d’une dette ou une action en cours devant les tribunaux, peuvent prolonger ce compte à rebours. Et si la créance vise des charges ou des réparations, les règles évoluent encore.

La prescription ne fait pas disparaître l’ardoise, mais elle ferme la porte à toute action judiciaire pour en obtenir le paiement. Des exceptions subsistent, notamment pour les locataires sous aides sociales ou engagés dans une procédure de surendettement. Parfois, le simple envoi d’une lettre officielle par le propriétaire suffit à relancer le compteur et à repousser la date fatidique.

La prescription des dettes locatives : de quoi parle-t-on exactement ?

Lorsque locataire et propriétaire signent un bail, ils entrent dans un jeu de droits et de délais. La prescription, ici, fixe le temps dont dispose le bailleur pour revendiquer ce qui lui est dû : loyers, charges, tout ce qu’un contrat de location impose au locataire. Une fois ce délai dépassé, le créancier ne peut plus saisir le tribunal pour obtenir le paiement, même si le montant reste enregistré dans les comptes et la mémoire.

Depuis mars 2014, avec la loi Alur, le délai de prescription pour les dettes locatives est réduit à trois ans. Avant, il fallait attendre cinq ans pour échapper à une procédure judiciaire. Désormais, tout commence à la date où le paiement aurait dû être effectué : le premier impayé, ou le moment où les charges devaient être régularisées. Le propriétaire a donc trois ans, montre en main, pour agir.

Certains baux comportent une clause permettant de réviser le loyer chaque année. Là encore, la vigilance est de mise : le propriétaire doit réclamer l’augmentation dans l’année qui suit la date de révision. Après ce laps de temps, il perd ce droit, impossible de revenir en arrière.

Pour le locataire, le calendrier est tout aussi serré : loyer et charges doivent être réglés selon les échéances. Le bailleur, lui, ne peut se permettre de laisser traîner les impayés, sous peine de voir sa créance devenir inattaquable devant la justice. La dette subsiste, mais elle devient juridiquement intouchable.

Quels délais s’appliquent pour les loyers impayés et les charges ?

Depuis la loi Alur, le délai pour agir en recouvrement d’une dette locative, loyer ou charges, ne dépasse pas trois ans. Le propriétaire dispose de ce laps de temps à partir de la date où la somme devient exigible. Au-delà, il ne peut plus saisir le juge. Cette règle s’applique indifféremment aux loyers impayés et aux charges récupérables.

Chaque échéance lance son propre compte à rebours dès le lendemain du jour prévu pour le paiement. Pour les charges, la régularisation s’effectue annuellement. Si le propriétaire tarde à réclamer ce qui lui est dû sur plusieurs années, seules les sommes des trois dernières restent récupérables.

Voici comment ces délais s’organisent dans la pratique :

  • Loyers impayés : trois ans pour agir à partir de chaque échéance non réglée.
  • Charges récupérables : délai identique, qui démarre à la date de régularisation prévue au bail.
  • Révision annuelle du loyer : l’augmentation doit être sollicitée dans l’année suivant la date anniversaire du contrat ; passée cette période, elle ne peut plus s’appliquer rétroactivement.

Dans les zones dites « tendues », la révision du loyer obéit à un encadrement strict imposé par la réglementation. Depuis le 24 août 2022, les logements classés F ou G en métropole ne peuvent même plus voir leur loyer révisé. Autant de raisons qui obligent les propriétaires à ne rien laisser au hasard, sous peine de voir leur créance s’éteindre sans recours possible.

Exceptions, interruptions et cas particuliers : quand le délai change-t-il ?

Le délai de prescription d’une dette locative ne suit pas toujours un parcours rectiligne. Plusieurs événements peuvent venir interrompre ou suspendre ce délai, changeant ainsi la donne pour le bailleur et le locataire. Dès qu’une mise en demeure est envoyée par le propriétaire, le temps s’arrête. Même chose lorsqu’une procédure judiciaire est lancée, qu’il s’agisse d’une assignation ou d’un commandement de payer délivré par un commissaire de justice, anciennement huissier. Attention, une simple lettre recommandée ne suffit pas : il faut une démarche officielle, prouvée par des documents datés.

Si le locataire reconnaît sa dette, même partiellement, le compteur repart pour trois ans. En cas de procédure de surendettement ou de faillite personnelle, le délai ne s’arrête pas mais se met en pause, pour reprendre à la fin de la procédure.

Les tribunaux examinent aussi la loyauté des démarches. Une demande de régularisation trop tardive ou jugée déloyale peut être rejetée. Les propriétaires doivent donc conserver précieusement toutes les preuves de leurs actions : commandements, échanges de courriers, accusés de réception. Si la location bénéficie d’un garant, celui-ci est exposé aux mêmes délais : toute interruption de prescription sur la dette principale s’applique aussi à la caution.

Voici les principaux événements qui modifient le délai :

  • Mise en demeure : interrompt le délai de prescription.
  • Procédure judiciaire : stoppe également le compte à rebours.
  • Suspension : en cas de surendettement ou de faillite personnelle du locataire.
  • Garantie loyers impayés : soumise aux mêmes règles de délai.

Jeune femme dans un appartement tenant une enveloppe et regardant dehors

Vos droits face à une dette locative prescrite ou en cours de prescription

Quand une dette locative tombe sous le coup de la prescription, l’équilibre entre propriétaire et locataire change radicalement. Après trois ans, selon la loi Alur, la dette, qu’il s’agisse de loyers ou de charges, devient juridiquement inexigible. Le tribunal rejettera systématiquement toute demande de paiement formulée trop tard, sauf si la prescription a été interrompue par une démarche officielle.

Le locataire n’est pas en reste : il dispose lui aussi de trois ans pour contester un rappel ou réclamer un trop-perçu de charges. Cette symétrie protège les deux parties, tout en imposant une gestion rigoureuse des comptes et des échanges liés à la location.

Une dette prescrite n’empêche pas les parties de trouver un terrain d’entente. Rien n’interdit un règlement amiable, si chacun le souhaite. Mais le propriétaire ne peut plus exercer de pression ni recourir à la justice, la prescription protège désormais le locataire contre toute procédure ou mention au fichier des incidents de paiement.

Pour s’informer ou se faire accompagner, plusieurs ressources existent :

  • La CLCV fournit des précisions sur la prescription des dettes et droits des locataires.
  • Des services comme Dispofi ou BailFacile assistent propriétaires et locataires dans la gestion des échéances et le suivi des dossiers.

Pour éviter toute mauvaise surprise, mieux vaut conserver soigneusement quittances, relevés de charges et courriers recommandés. Passé le délai, toute contestation ou régularisation hors temps se heurte à un mur légal. Le temps, dans la gestion locative, n’est jamais neutre : il joue, inexorable, pour l’un ou pour l’autre.

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